Le dieu de la forêt

Publié le 9 Avril 2013

Les deux enfants courraient dans le sous-bois alors que s'élevaient derrière eux les bruits de la vie des champs. Ils escaladaient les rochers au milieu des buissons épineux, le souffle court. Ils s'arrêtèrent en haut de la pente le temps que les battements de leur cœur ralentissent.

_ Où est-ce que tu m'emmènes ? demanda le plus jeune garçon. Je devrais être en train de garder les oies.

Les yeux brillants, son copain lui répondit d'un air de conspirateur.

_ J'ai découvert un dieu dans la forêt.

Anloti resta interdit à cette annonce incroyable.

_ Un vrai dieu ?

_ Suis-moi, tu verras bien !

Comile repartit, attaquant la descente vers les profondeurs de la forêt en courant. Anloti se lança à sa suite en lui criant d'autres questions.

À mesure qu'ils progressaient dans la forêt les arbres devenaient plus imposants et les fougères plus hautes. Des rochers et des troncs verts de mousse ralentissaient leur course. Comile plongea le pied dans un ruisseau dissimulé et s'étala dans la boue, ce qui fit rire Anloti. Après quelques instants d'énervement, Comile éclata de rire à son tour, et les deux enfants restèrent ainsi un bon moment. Ils se remirent ensuite en route. Anloti pressait toujours Comile de questions mais celui-ci les esquivait à chaque fois, lui disant de se taire et d'attendre, qu'il verrait le dieu bien assez tôt.

Ils arrivèrent devant l'entrée d'une combe et Anloti frissonna.

_ Tu veux que je rentre là-dedans ?

_ Ne t'inquiètes pas, ça ne risque rien.

Comile s'y engagea.

_ Attends-moi ! cria Anloti en se jetant à sa suite. Comment est-ce que tu as trouvé le dieu ?

_ Je suivais un pic vert pour trouver son nid et récupérer les œufs.

La combe était étroite, profonde et sombre, de l'eau suintait de la roche et le silence y était presque palpable. Elle s'achevait en cul-de-sac.

Les deux garçons s'immobilisèrent, impressionnés par le spectacle qui s'offrait à leurs yeux. Entre les arbustes et les rochers, un être était assis. Dans la lumière vert sombre de la combe, il paraissait fait de bois et de pierre, comme une création de la forêt. Il était assis en tailleur, les yeux fermés, les cheveux longs détachés, de drôles de traits noirs sur le visage et les mains, un arc en travers des genoux.

Comile et Anloti retenaient leur respiration, fasciné par la manifestation du dieu. C'était la première fois qu'ils se retrouvaient en présence de la divinité et ils avaient peur de mal agir ; Comile s'était enfui et s'était précipité au village chercher Anloti lorsqu'il l'avait vu la première fois car, malgré son air bravache, il ne s'était pas senti d'approcher le dieu seul.

_ Il est vivant ?

La voix d'Anloti semblait incongrue dans ce lieu, proche du blasphème.

_ Je ne sais pas. Il n'a pas l'air.

_ Tu crois que je peux le toucher ?

Un silence pesant suivit cette question. Le dieu ne semblait pas vivant, et il avait plus l'air d'une statue moussue que d'un être de chair. Et puis il comprendrait certainement leur curiosité ; après tout, en apparaissant dans un lieu pareil, il devait bien s'attendre à ce type de réactions.

_ Vas-y, répondit Comile, peu sûr de lui.

Anloti s'approcha du dieu, le bras tendu devant lui, et s'arrêta juste avant de le toucher. Il hésitait encore.

_ Qu'est-ce que tu attends ?

_ Je...

Le dieu ouvrit les yeux et posa un regard pénétrant sur Anloti. Les deux garçons hurlèrent et prirent leurs jambes à leur cou.

DSäl'döl vit deux jeunes humains s'éloigner en courant et resta encore un instant immobile avant de se déplier et de se lever. Ces humains l'avaient dérangé pendant sa méditation et son esprit n'avait pas encore totalement réintégré son corps. Quand il fut pleinement maître de lui, l'elfe sortit de la combe. Les rayons du soleil jouèrent sur sa peau vert cèdre, ses cheveux bleu nuit et ses tatouages qui avaient fait si forte impression sur les garçons, les poussant à le confondre avec l'environnement au milieu duquel il était alors assis. Ils allaient certainement prévenir d'autres humains de sa présence alors qu'il souhaitait les éviter tout au long de son voyage. Il se mit rapidement en route, pratiquement invisible entre les arbres.

Un groupe de paysans revenant des champs virent Comile et Anloti surgir du sous-bois, crottés, égratignés, hors d'haleine et le regard hagard. Ils se précipitèrent vers eux et recueillirent leurs paroles incohérentes à propos d'un dieu dans les bois. Les fronts devinrent soucieux et les voix se turent ; l'angoisse était palpable. Ils ramenèrent les enfants au village puis réunirent le plus grand nombre de villageois pour discuter de l'apparition du dieu.

Le lendemain, tous les villageois se retrouvèrent à l'orée de la forêt pour des prières et des offrandes destinées au dieu. Il fallait à tout prix éviter son courroux ; lors de ses précédentes apparitions, des hommes du village partis chasser dans la forêt n'en étaient jamais revenus et l'on n'avait pas retrouvé leur corps. Il fallait absolument apaiser le dieu et le faire retourner dans ses domaines immatériels, que la vie des hommes puisse reprendre son cours.

Dans la forêt, aucun dieu n'était là pour entendre les prières des hommes ; les pierres, les arbres et les animaux y étaient indifférents. Quant à l'elfe, il était parti depuis bien longtemps.

Rédigé par Opale Ay'ny

Publié dans #Humains, #Elfes

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Commenter cet article

Léo 17/04/2013 14:48

J'ai bien aimé ! :)